Le petit peuple (2)

« - 6 x 6 ?
- 36 ! »
36 petites voix s’élèvent en chœur pour répondre ;
36 écoliers bien disciplinés ;
Sage petit troupeau.

36 lits miniatures sont disposés en rangs bien serrés.
Multiplication d’un même modèle, élémentaire, réglementaire.
Ils sont tous recouverts de toile à matelas dont les rayures font écho aux barreaux nous plongeant dans un univers concentrationnaire.

Sur chaque lit, une étoile pour s’endormir.

L’uniformité du dortoir est rompue par la variété des teintes des différents coupons de toile à matelas. Une étonnante palette allant du jaune poussin au beige rosé en passant par le mauve grisé et le vert kaki.
Deux à cinq lits ont pu être habillés à partir de la toile d’un même matelas ou sommier.

Les toiles sont usées, parfois déchirées ou tachées et avec le temps les couleurs se sont atténuées. Tendres et passées, exhumées de l’enfance, elles composent un délicieux camaïeu qui donne aux petits des allures de friandises.
On ne sait lequel choisir.
Bien endormis, tous alignés, ils sont à croquer.

Dans la promiscuité nocturne de la chambrée les souffles chauds et les peaux fraîches des pensionnaires exhalent une bonne odeur de pâte crue.
Petits pains que l’on mettra bientôt au four.

De leur côté, les enfants sont effrayés.
Plongés dans le noir, ils se cramponnent à leur étoile.
Ils ont rapproché leur lit les uns des autres, faisant bloc.
Dérisoire rempart contre la menace.

Courage, petit bataillon !
Serrez les rangs,
Serrez les poings,
Et fermez bien les yeux.

Le petit peuple (2)

« - 6 x 6 ?
- 36 ! »
36 petites voix s’élèvent en chœur pour répondre ;
36 écoliers bien disciplinés ;
Sage petit troupeau.

36 lits miniatures sont disposés en rangs bien serrés.
Multiplication d’un même modèle, élémentaire, réglementaire.
Ils sont tous recouverts de toile à matelas dont les rayures font écho aux barreaux nous plongeant dans un univers concentrationnaire.

Sur chaque lit, une étoile pour s’endormir.

L’uniformité du dortoir est rompue par la variété des teintes des différents coupons de toile à matelas. Une étonnante palette allant du jaune poussin au beige rosé en passant par le mauve grisé et le vert kaki.
Deux à cinq lits ont pu être habillés à partir de la toile d’un même matelas ou sommier.

Les toiles sont usées, parfois déchirées ou tachées et avec le temps les couleurs se sont atténuées. Tendres et passées, exhumées de l’enfance, elles composent un délicieux camaïeu qui donne aux petits des allures de friandises.
On ne sait lequel choisir.
Bien endormis, tous alignés, ils sont à croquer.

Dans la promiscuité nocturne de la chambrée les souffles chauds et les peaux fraîches des pensionnaires exhalent une bonne odeur de pâte crue.
Petits pains que l’on mettra bientôt au four.

De leur côté, les enfants sont effrayés.
Plongés dans le noir, ils se cramponnent à leur étoile.
Ils ont rapproché leur lit les uns des autres, faisant bloc.
Dérisoire rempart contre la menace.

Courage, petit bataillon !
Serrez les rangs,
Serrez les poings,
Et fermez bien les yeux.