Le petit peuple (1)

8 petits lits jumeaux, disposés en 2 rangées de 4, composent un dortoir miniature.
Sur chacun des lits dont la structure métallique et le matelas sont recouverts d’une sobre toile à matelas, repose sagement un petit pyjama confectionné dans la même toile.
Seul accroc dans cette quiète monotonie, les rayures horizontales des pyjamas tranchent avec celles, verticales, des matelas.

Un dessin au crayon surplombe l’ensemble.
8 silhouettes d’enfants s’y détachent d’un fond blanc.
Posant dans leurs plus beaux vêtements, soigneusement alignés sur une étagère invisible, ils forment un rayon de poupées de collection, peuplant silencieusement la chambrée parfaitement ordonnée.

Les enfants, 3 garçonnets et 5 fillettes, ont été reproduits d’après 3 photographies d’une même fratrie, comprenant un frère et deux sœurs, prise à des âges différents, la cadette n’apparaissant pas sur le cliché le plus ancien.
A partir de 3 enfants saisis par l’objectif à plusieurs reprises, je compose ici une fratrie de 8.

Ce procédé est une réminiscence d’un de mes jeux d’enfance.
J’ai passé des heures à dessiner des fratries. Je me souviens très bien que pour obtenir une ressemblance entre les membres de mes grandes familles, j’essayais de reproduire le même personnage à des âges différents, version fille et garçon.
Je m’amusais ensuite avec ces figurines de papier.

Avec ce dessin et ces lits de poupées, je retrouve mes jouets. Je régresse. Je rapetisse.
Je retombe en enfance et redeviens cette petite fille royalement installée entre un grand frère et une petite sœur. A l’image de ma grand-mère, posant vers 2, 5 et 7 ans sur les photographies dont j’ai héritées, et dans lesquelles j’ai taillées pour donner corps à mon « petit peuple ».

Avec ces effigies sépia de mes aïeux, enfants, avec ce dortoir austère de pensionnat, je remonte encore le temps – d’une fratrie, d’une génération à l’autre.
Je plante le décor d’une autre époque. Le temps des tabliers, des ardoises et de la craie, de l’encre et des plumiers, du bonnet d’âne et des châtiments. Le temps des écoliers malgré tout insouciants, petit peuple se faisant la guerre pour quelques boutons.
Le temps de la guerre justement.

Les enfants fixent l’objectif sans sourire.
Leurs regards sombres et pénétrants ont quelque chose d’inquiétant.
Flottant comme des fantômes, ils hantent l’internat déserté, où les pyjamas laissés là, à l’abandon, soulignent encore leur disparition.
Au revoir, les enfants !

Portraits de disparus affichés au mur
Emportés par l’ogre Barbarie pour être dévorés tout cru.
Nous arrivons trop tard.
Dans cette chambre froide ne restent plus que des lits dépouillés.
Pas de drap, pas d’oreiller, juste des uniformes rayés.

Le petit peuple (1)

8 petits lits jumeaux, disposés en 2 rangées de 4, composent un dortoir miniature.
Sur chacun des lits dont la structure métallique et le matelas sont recouverts d’une sobre toile à matelas, repose sagement un petit pyjama confectionné dans la même toile.
Seul accroc dans cette quiète monotonie, les rayures horizontales des pyjamas tranchent avec celles, verticales, des matelas.

Un dessin au crayon surplombe l’ensemble.
8 silhouettes d’enfants s’y détachent d’un fond blanc.
Posant dans leurs plus beaux vêtements, soigneusement alignés sur une étagère invisible, ils forment un rayon de poupées de collection, peuplant silencieusement la chambrée parfaitement ordonnée.

Les enfants, 3 garçonnets et 5 fillettes, ont été reproduits d’après 3 photographies d’une même fratrie, comprenant un frère et deux sœurs, prise à des âges différents, la cadette n’apparaissant pas sur le cliché le plus ancien.
A partir de 3 enfants saisis par l’objectif à plusieurs reprises, je compose ici une fratrie de 8.

Ce procédé est une réminiscence d’un de mes jeux d’enfance.
J’ai passé des heures à dessiner des fratries. Je me souviens très bien que pour obtenir une ressemblance entre les membres de mes grandes familles, j’essayais de reproduire le même personnage à des âges différents, version fille et garçon.
Je m’amusais ensuite avec ces figurines de papier.

Avec ce dessin et ces lits de poupées, je retrouve mes jouets. Je régresse. Je rapetisse.
Je retombe en enfance et redeviens cette petite fille royalement installée entre un grand frère et une petite sœur. A l’image de ma grand-mère, posant vers 2, 5 et 7 ans sur les photographies dont j’ai héritées, et dans lesquelles j’ai taillées pour donner corps à mon « petit peuple ».

Avec ces effigies sépia de mes aïeux, enfants, avec ce dortoir austère de pensionnat, je remonte encore le temps – d’une fratrie, d’une génération à l’autre.
Je plante le décor d’une autre époque. Le temps des tabliers, des ardoises et de la craie, de l’encre et des plumiers, du bonnet d’âne et des châtiments. Le temps des écoliers malgré tout insouciants, petit peuple se faisant la guerre pour quelques boutons.
Le temps de la guerre justement.

Les enfants fixent l’objectif sans sourire.
Leurs regards sombres et pénétrants ont quelque chose d’inquiétant.
Flottant comme des fantômes, ils hantent l’internat déserté, où les pyjamas laissés là, à l’abandon, soulignent encore leur disparition.
Au revoir, les enfants !

Portraits de disparus affichés au mur
Emportés par l’ogre Barbarie pour être dévorés tout cru.
Nous arrivons trop tard.
Dans cette chambre froide ne restent plus que des lits dépouillés.
Pas de drap, pas d’oreiller, juste des uniformes rayés.