La peur du noir

Je n’arrive pas à m’endormir.
Je ferme les yeux et je revois ces images en noir et blanc.
Tous ces gens en pyjamas rayés.

J’ai trouvé ça joli qu’on leur ait cousu une étoile dessus.
Comme un guide pour trouver le sommeil, un passeport pour les rêves, la promesse d’une douce nuit.

Ils avaient l’air si fatigués, hagards, exténués.

Moi aussi j’ai un pyjama rayé, rose et blanc, confectionné dans la même toile que mon matelas. A ce détail près que les rayures de mon pyjama sont horizontales, me donnant des allures de bagnard, alors que sur mon matelas elles sont verticales.
Je n’arrive pas à me souvenir dans quel sens étaient les rayures de leur pyjama.

C’est comme si on les avait réveillés en pleine nuit et évacués à la hâte de leur immense dortoir.
Mon frère m’a raconté qu’à l’internat, ça lui était déjà arrivé. Une alarme en pleine nuit et hop, tout le monde dehors !

L’étoile qu’ils portaient tous était bien spéciale : deux triangles superposés, tête en l’air et tête en bas, six branches au total.
Moi, je dessine des étoiles à cinq branches : une tête, deux bras, deux jambes.

Ils avaient tous le crâne rasé.
C’est peut-être à cause des poux.
Il y en a déjà eu dans ma classe et une fois, j’ai fait un traitement. Je n’étais pas fière. On ne m’a pas rasé la tête mais je me suis quand même sentie pouilleuse et honteuse, stigmatisée et humiliée.

Je suis dans mon lit, dans ma chambre rose de petite fille.
La nuit déverse son encre.
Je revois ces silhouettes longilignes, ces uniformes fantomatiques, petit peuple de l’ombre, extirpé des ténèbres.

De quel cauchemar sont-ils rescapés ?

Ils étaient si maigres et avaient l’air perdu, hébété, en plein jour dans leur pyjama rayé.
Ça m’a rappelé ce cauchemar que je fais d’arriver à l’école et de m’apercevoir une fois la grille franchie, au milieu de la cour, que je n’ai pas quitté mes chaussons.

Ce n’était pas un cauchemar.

Ce soir, dans mon pyjama rayé, abandonnée à l’obscurité, je me sens violemment vulnérable.
J’allume la veilleuse.
Les monstres qui écorchent les innocents ne sont plus chimériques.

La peur du noir

Je n’arrive pas à m’endormir.
Je ferme les yeux et je revois ces images en noir et blanc.
Tous ces gens en pyjamas rayés.

J’ai trouvé ça joli qu’on leur ait cousu une étoile dessus.
Comme un guide pour trouver le sommeil, un passeport pour les rêves, la promesse d’une douce nuit.

Ils avaient l’air si fatigués, hagards, exténués.

Moi aussi j’ai un pyjama rayé, rose et blanc, confectionné dans la même toile que mon matelas. A ce détail près que les rayures de mon pyjama sont horizontales, me donnant des allures de bagnard, alors que sur mon matelas elles sont verticales.
Je n’arrive pas à me souvenir dans quel sens étaient les rayures de leur pyjama.

C’est comme si on les avait réveillés en pleine nuit et évacués à la hâte de leur immense dortoir.
Mon frère m’a raconté qu’à l’internat, ça lui était déjà arrivé. Une alarme en pleine nuit et hop, tout le monde dehors !

L’étoile qu’ils portaient tous était bien spéciale : deux triangles superposés, tête en l’air et tête en bas, six branches au total.
Moi, je dessine des étoiles à cinq branches : une tête, deux bras, deux jambes.

Ils avaient tous le crâne rasé.
C’est peut-être à cause des poux.
Il y en a déjà eu dans ma classe et une fois, j’ai fait un traitement. Je n’étais pas fière. On ne m’a pas rasé la tête mais je me suis quand même sentie pouilleuse et honteuse, stigmatisée et humiliée.

Je suis dans mon lit, dans ma chambre rose de petite fille.
La nuit déverse son encre.
Je revois ces silhouettes longilignes, ces uniformes fantomatiques, petit peuple de l’ombre, extirpé des ténèbres.

De quel cauchemar sont-ils rescapés ?

Ils étaient si maigres et avaient l’air perdu, hébété, en plein jour dans leur pyjama rayé.
Ça m’a rappelé ce cauchemar que je fais d’arriver à l’école et de m’apercevoir une fois la grille franchie, au milieu de la cour, que je n’ai pas quitté mes chaussons.

Ce n’était pas un cauchemar.

Ce soir, dans mon pyjama rayé, abandonnée à l’obscurité, je me sens violemment vulnérable.
J’allume la veilleuse.
Les monstres qui écorchent les innocents ne sont plus chimériques.