La disparition

Un petit berceau - d’enfant, de poupée, de conte de fée ? – trône au milieu d’un tapis.
Des étoiles en relief, rappelant les moulages que les enfants s’amusent à faire dans le sable, se détachent du fond dans la douceur feutrée d’une étoffe fanée.
Rassemblées en cortège aux pieds du berceau, elles veillent sur ce précieux joyau.

Berceau : lieu de naissance, d’apparition, lieu où une chose a commencé

Tombés du ciel ? le berceau et son tapis – volant ? – semblent avoir traversé le temps.
Enraciné, sédimenté, ils n’ont pas bougé. Seules les couleurs ont passé.
Réalisés à partir de vieux tissus, trésors dénichés au fond d’un grenier, traces et souvenirs de mes aïeux, ils en revêtent la tendre patine et la valeur patrimoniale.
Imprimés de cette mémoire, à mes yeux inestimable, ils deviennent un « bijou de famille ».

Berceau d’une lignée dont je suis l’héritière.

Dans ce royaume de petite fille, la délicatesse du rose poudré de la toile à matelas et des bouquets enrubannés du tapis répond au raffinement de l’ouvrage cousu à la main.
La structure du berceau a été minutieusement habillée de toile à matelas de telle sorte que les rayures du matelas se poursuivent sur les barreaux et les décors en arabesques.
Les coutures sont visibles soulignant d’un côté la dimension ouvragée de la pièce et, de l’autre, le caractère naïf de la technique. J’ai appris à coudre toute seule, en voyant ma grand-mère repriser et raccommoder, ma mère rapiécer et faire des ourlets. A partir de ces gestes rudimentaires, quelques points de couture répétés de mère en fille, reproduits enfant, j’ai développé mon propre savoir-faire. Avec ce berceau et ce tapis, fruits d’un travail laborieux, je perpétue cette tradition de femmes d’origine paysanne de l’humble couture à la main.

On m’a déposée pour une sieste sur le lit immense de ma grand-mère. La chambre baigne dans la lumière tamisée d’un bel après-midi d’été. Je m’endors en souriant, ravie par la contemplation des motifs printaniers du papier peint au romantisme suranné, promesse de rêves enchanteurs.

Une petite robe à col rond repose sagement sur le matelas. Confectionnée dans la même toile, elle tend visuellement, dans un jeu de rayures, à se fondre dans ce fond, pour s’enfoncer dans l’épaisseur du matelas et disparaître.

La petite fille a disparu.
Adorable et cruelle relique, sa robe gît sur le lit.
Dans ce cimetière d’étoiles, enfouies sous une pluie de fleurs, le berceau s’apparente tristement aux sépultures en fer forgé rendant grâce aux enfants.

Faire son deuil de l’enfance.
Etre en âge d’enfanter.
Une petite fille va-t-elle voir le jour ou bien une lignée s’éteindre ?

Figer dans la sculpture,
Préserver dans cet écrin,
Ce dont je suis dépositaire.

La disparition

Un petit berceau - d’enfant, de poupée, de conte de fée ? – trône au milieu d’un tapis.
Des étoiles en relief, rappelant les moulages que les enfants s’amusent à faire dans le sable, se détachent du fond dans la douceur feutrée d’une étoffe fanée.
Rassemblées en cortège aux pieds du berceau, elles veillent sur ce précieux joyau.

Berceau : lieu de naissance, d’apparition, lieu où une chose a commencé

Tombés du ciel ? le berceau et son tapis – volant ? – semblent avoir traversé le temps.
Enraciné, sédimenté, ils n’ont pas bougé. Seules les couleurs ont passé.
Réalisés à partir de vieux tissus, trésors dénichés au fond d’un grenier, traces et souvenirs de mes aïeux, ils en revêtent la tendre patine et la valeur patrimoniale.
Imprimés de cette mémoire, à mes yeux inestimable, ils deviennent un « bijou de famille ».

Berceau d’une lignée dont je suis l’héritière.

Dans ce royaume de petite fille, la délicatesse du rose poudré de la toile à matelas et des bouquets enrubannés du tapis répond au raffinement de l’ouvrage cousu à la main.
La structure du berceau a été minutieusement habillée de toile à matelas de telle sorte que les rayures du matelas se poursuivent sur les barreaux et les décors en arabesques.
Les coutures sont visibles soulignant d’un côté la dimension ouvragée de la pièce et, de l’autre, le caractère naïf de la technique. J’ai appris à coudre toute seule, en voyant ma grand-mère repriser et raccommoder, ma mère rapiécer et faire des ourlets. A partir de ces gestes rudimentaires, quelques points de couture répétés de mère en fille, reproduits enfant, j’ai développé mon propre savoir-faire. Avec ce berceau et ce tapis, fruits d’un travail laborieux, je perpétue cette tradition de femmes d’origine paysanne de l’humble couture à la main.

On m’a déposée pour une sieste sur le lit immense de ma grand-mère. La chambre baigne dans la lumière tamisée d’un bel après-midi d’été. Je m’endors en souriant, ravie par la contemplation des motifs printaniers du papier peint au romantisme suranné, promesse de rêves enchanteurs.

Une petite robe à col rond repose sagement sur le matelas. Confectionnée dans la même toile, elle tend visuellement, dans un jeu de rayures, à se fondre dans ce fond, pour s’enfoncer dans l’épaisseur du matelas et disparaître.

La petite fille a disparu.
Adorable et cruelle relique, sa robe gît sur le lit.
Dans ce cimetière d’étoiles, enfouies sous une pluie de fleurs, le berceau s’apparente tristement aux sépultures en fer forgé rendant grâce aux enfants.

Faire son deuil de l’enfance.
Etre en âge d’enfanter.
Une petite fille va-t-elle voir le jour ou bien une lignée s’éteindre ?

Figer dans la sculpture,
Préserver dans cet écrin,
Ce dont je suis dépositaire.